mercredi 30 novembre 2011

Avignon, Yvon Lambert, la postérité d’une collection



Vik Muniz,
« Bloody Marylin », 2001, c-print, 144 x 123 cm
courtesy galerie Xippas, Paris.

120 millions d’euros : c’est, selon l’estimation de Christie’s, le montant de la donation d’Yvon Lambert, officialisée lors de la visite de Nicolas Sarkozy au Forum d’Avignon. Soit la plus grande donation privée faite en France depuis celle de Picasso en 1974. 450 des quelques 1200 œuvres appartenant à la collection du célèbre marchand d’art seront donc données à l’Etat, mais destinées à la ville d’Avignon. Un geste par lequel le galeriste parisien scelle la nouvelle vocation de la cité des papes, celle d’une ville historique qui épouse son temps en accueillant durablement l’une des plus remarquables collections d’art contemporain. Il marche là encore sur les traces de Picasso, qui fut l’un des premiers contemporains à accrocher ses œuvres au Palais des papes.

Eric Mézil, qui fait vivre la Collection à Avignon, mesure le travail accompli depuis qu’il y a 12 ans, Yvon Lambert, alors en pourparlers avec Montpellier, a fait le choix d’Avignon, installant non sans audace, et au risque d’être incompris, Nan Goldin, Jean-Michel Basquiat, Cy Twombly et bien d’autres chez les papes. Eric Mézil aujourd’hui ne cache pas sa fierté, y compris en termes d’intégration locale. «La première année, le public était composé à 70% de gens de l’étranger et de France hors Avignon, les Avignonnais boudaient le lieu. Aujourd’hui, le public est à 60% régional, et à 40% international. Les gens d’ici disent : on va au Petit Beaubourg ! Nos ateliers pédagogiques affichent complet.» Ce qui n’empêche pas la Collection d’être classée « parmi les cent plus beaux musées du monde au palmarès du groupe Saatchi. »

La donation Lambert n’ira pas sans contrepartie. L’Etat s’est engagé de son côté à mettre sur la table 7 à 8 millions d’euros pour financer son extension vers le bâtiment voisin, l’Hôtel de Montfaucon, à la place de l’actuelle Ecole d’Art, laquelle ira s’installer dans les futurs locaux de La Fabrique, centre de répétition du festival d’Avignon en projet quartier Monclar. Le tout, en principe, à l’horizon 2012. La Collection deviendra alors Musée d’art contemporain, signant pour la postérité l’œuvre d’un collectionneur hors normes.

Carina Istre

Vik Muniz, Le musée imaginaire. Exposition du 11 décembre 2011 au 13 mai 2012. Collection Lambert en Avignon et église des Célestins.